Hannah Arendt, la passion de comprendre

Publié le 16 Février 2021

Moi, Hannah Arendt, je suis née à Hanovre le 14 octobre 1906 dans une famille aisée et progressiste.  A l’âge de cinq ans je pars vivre à Königsberg. Mais la mort de mon père survient alors que j avais 7 ans. Sous la protection de ma mère Martha, je poursuis une scolarité studieuse, j’écris des poèmes, je passe le baccalauréat en 1924 et je m engage dans des études de philosophie, de théologie et le grec à Marburg. Mon amour pour la philosophie est liée aussi à l’admiration et à la dévotion que m’inspire mon professeur Martin Heidegger. Une relation passionnelle qui durera une année  et qui restera marquante sur ma pensée et ma réflexion sur le monde. La pensée de Martin Heidegger m'était apparue "arrogante et mortifère" ....(Des années plus tard , en 1950 j'ai repris contact avec celui ci: il était  devenu une sorte d'ermite de la Forêt Noire et sa position philosophique était loin d'être la mienne : refuser la contemplation, être entièrement dans la vie active , et considérer " la pluralité de la condition humaine " )

J’ai poursuivi  mes études  en 1926 à Heidelberg et j’y rencontre Karl Jaspers auprès de qui je réalise une thèse : «Sur le concept d’amour chez Saint Augustin » A Heidelberg, j’ai fait également une rencontre importante avec Kurt Blumenfeld, l’un des sionistes les plus influents d’Allemagne  et qui deviendra pour moi une sorte de mentor politique pour les questions juives.

En 1929, j’épouse le philosophe Günter Stern. Nous déménageons à Francfort. Ayant obtenu une bourse de la communauté scientifique allemande, je commence la biographie de l’écrivain Rahel Varnhagen, une biographie que j’achèverai seulement en 1938, pendant mon exil en France. Un ouvrage intitulé « Rahel Varnhagen, la Vie d’une juive à l’époque du romantisme » qui ne paraitra d’ailleurs que 20 ans plus tard…

En 1933 dans le collimateur des nazis, en tant que juive, je suis  arrêtée par la Gestapo puis libérée faute de preuves. Alors je fuis Berlin et je rejoins Paris. De France, j’organise l’émigration des jeunes gens en Palestine. En 1940 un autre homme entre dans ma vie : Heinrich Blücher, un philosophe autodidacte, politiquement actif. Il me fait découvrir Marx, Lénine, Trotski et la «  praxis révolutionnaire. ». En 1937  je divorce de Günter Anders.

Lorsque les Allemands entrent dans Paris, je suis arrêtée à nouveau puis internée à Gurs, dans le sud de la France. Ayant réussi à m’échapper un mois plus tard, je fuis aux Etats Unis en avril 1941 via Lisbonne. Ma mère et Heinrich Blücher sont du voyage. Aux Etats Unis malgré des conditions de vies difficiles j’écris d’abord pour le journal germanophone Der Aufbau pendant trois ans puis pour les éditions Salman Schocken et je dirige à partir de 1948 : la Jewisch Cultural Reconstruction Organisation  du patrimoine culturel juif.

De fait dès mon arrivée à New York, j’ai plaidé pour une entrée en guerre aux côtés de l’Angleterre et demandé même qu’une armée juive participe à la libération de l’Europe. Mais je n’étais pas favorable à la création d’un état juif en Palestine tant les formes de nationalisme me paraissaient menaçantes.  La politique selon moi doit être pensée et la volonté d’agir mesurée et efficiente.

En 1950, donc bien des années plus tard  après notre rencontre, j'ai repris contact avec Martin Heidegger, l'auteur de Etre et Temps.  Il était devenu une sorte d'ermite de la Forêt Noire et sa position philosophique était loin d'être la mienne à savoir : refuser la contemplation, être dans la vie active et considérer " la pluralité de la condition humaine "..

En 1951, la parution de mon ouvrage sur Les Origines du totalitarisme en trois volumes me propulse aux devants de la scène philosophico-politique. A partir de 1953, j’enseigne dans différentes universités notamment Princeton, Cambridge, Chicago et Berkeley. En 1958, j’achève la « Condition de l’homme moderne » qui est une réflexion que j’ai livrée sur les activités humaines, le travail, l’œuvre et l’action. En 1961-1962 je couvre  à Jérusalem le procès d’Adolf Eichmann pour le New Yorker pour lequel je livre cinq articles. Et mon observation me conduit à avancer ce qu’il en est de « la banalité du mal », un concept qui retient encore  l’attention de tous les cercles intellectuels du monde entier.

Le 4 décembre 1975 (cinq ans après Heinrich Blücher mon mari) je meurs à New York d’une attaque cardiaque. J’ai laissé inachevé mon dernier ouvrage, Vie de l’Esprit dédié à la seule réflexion.. Quelle était-elle ? « Que faisons- nous quand nous pensons seulement ? Où sommes nous quand nous sommes seuls avec nous-mêmes, nous qui sommes habituellement entourés de gens ? »  

 

Source : Revue Philosophie, Hors Série N°28 : Hannah Arendt

Rédigé par Claude Laporte

Publié dans #P

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